Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

Les Echos, janvier 2009

Le 31 janvier 2009

Interview de Gilles CARREZ

Les députés entament aujourd’hui l’examen du plan de relance. Ces mesures suffiront-elles ? Un deuxième plan est-il souhaitable ?

Le plan de relance, parfaitement calibré entre l’investissement public, le soutien aux entreprises, l’emploi et le pouvoir d’achat, n’appelle pas de critique de fond. Il est différent de tous les précédents, c’est pourquoi la commission des Finances souhaite l’adopter tel quel. En 1975, le plan de relance tous azimuts (2,2% du PIB) n’avait fait qu’alimenter la stagflation. Celui de 1981 (1% du PIB) centré sur la demande, avait provoqué des dévaluations en chaîne, et imposé au gouvernement Mauroy le retour de la rigueur dès 1983. Ici, rien de tel: les mesures sont concentrées sur l’investissement et sur la trésorerie des entreprises, elles sont aussi bien ciblées, sur l’automobile et l’immobilier notamment, et le dérapage budgétaire est limité dans le temps. Les 26 milliards doivent d’ailleurs être considérés comme des dépenses anticipées plutôt que nouvelles. Evoquer un deuxième plan de relance n’a, de ce fait, guère de sens aujourd’hui.

Le plan de relance allemand devrait ouvrir la voie à de nouvelles baisses d’impôt. Cette orientation doit-elle être suivie par la France?

Je ne le crois pas. En matière d’impôt, la France a déjà pris de l’avance sur l’Allemagne. L’impôt sur le revenu a été fortement réduit en 2007. Le taux marginal d’imposition se situe à 40% chez nous, 43% outre-Rhin. Les Allemands disposent d’un bouclier fiscal à 50% mais celui-ci n’inclut pas les cotisations sociales. C’est le cas en France, depuis la loi TEPA du 21 août 2007. N’oublions pas, enfin, que les mesures allemandes ont des fondements essentiellement politiques : si le gouvernement Merckel promeut des baisses d’impôt, c’est en partie parce que le parti chrétien-démocrate CDU ne peut pas se passer du soutien de la CSU, son allié bavarois. Pour autant, notre partenaire ne souhaite pas renoncer à la stabilisation budgétaire au sens de Maastricht: contrairement à 2003-2004, l’Allemagne se montre plus rigoureuse que nous en matière budgétaire et ne sera pas solidaire de la France si elle persiste à creuser ses déficits. Je ne suis pas sûr, à ce titre, que les 50 milliards d’euros affichés par le gouvernement allemand soient composés intégralement d’argent public.

Le PS regrette l’absence de mesure de soutien au pouvoir d’achat. Le sujet n’est-il donc plus prioritaire ?

Des mesures sur le pouvoir d’achat auraient eu un effet extrêmement limité. La baisse de la TVA, comme elle est pratiquée au Royaume-Uni, serait une erreur, car elle ne ferait que favoriser les importations. La baisse de l’inflation, avec par exemple la chute du prix des carburants, favorise le pouvoir d’achat. A moyen terme, il n’est cependant pas exclu que nous ayons besoin d’un volet complémentaire, qui aura des bienfaits à la fois économique et psychologiques sur les ménages les plus modestes. Une enveloppe supplémentaire de 1 milliards d’euros pour valoriser le barème de la prime pour l’emploi (PPE), du revenu de solidarité active (RSA) et des allocations logement pourrait être envisagée. Ces mesures devront-elles être temporaires ou durables ? Le sujet sera évoqué, je pense d’ici au printemps. L’argent public est rare, il faut donc concentrer les aides publiques sur les ménages les plus modestes.

La prime à la casse a permis de limiter les dégâts dans l’automobile. Quelles doivent être les mesures supplémentaires annoncées pour la fin janvier?

L’accent doit désormais porter sur les sous traitants qui sont les premières victimes de la crise. Des mesures pour accroître leur trésorerie, sous fore de prêts ou de garantie, semblent encore nécessaires. Par ailleurs, nous devons créer un fonds d’innovation pour l’automobile. Il est important d’écouler les stocks disponibles, mais il faut aussi lancer de nouveaux programmes et préparer nos entreprises aux voitures du futur.