Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

 

 

 

Le redressement des comptes publics n’est-il pas passé à l’arrière plan aujourd’hui avec la crise ?

 

Cette préoccupation est en effet inaudible parce que tous les pays se tournent vers les Etats pour mettre en œuvre leur plan de relance. Pour autant, la relance ne doit pas être un alibi pour creuser les déficits. Nous devons respecter deux principes : maîtriser nos dépenses publiques et refuser de financer les baisses d’impôts par la dette. Les réductions d’impôts se financent soit par des économies, soit par les plus-values générées par la croissance.

 

 

A cet égard, la décision de baisser la TVA dans la restauration était-elle opportune ?

 

Cette baisse, dont le coût net pour le budget est de 2 milliards d’euros, est financée à crédit, donc par de la dette supplémentaire. Je crois qu’il faut mettre en garde contre ce type de mesures. Nous avons eu beaucoup de mal par le passé à instaurer des règles afin de maîtriser la dépense publique. Or, si ces règles sont battues en brèche par la dérive des dépenses fiscales, le résultat est malheureusement le même : l’aggravation du déficit.

 

 

Vous avez cette même position sur la suppression de la taxe professionnelle ?

 

Je plaide pour assurer une compensation explicite du manque à gagner que représente cette réforme pour l’Etat. Il s’agit tout de même de 8 milliards d’euros ! Et on ne peut se satisfaire d’une hypothétique taxe climat énergie… Pour moi, l’impact sur les finances de l’Etat est une condition essentielle de la réforme.

 

 

Comment voyez-vous la sortie de crise pour les finances publiques ?

 

Nous sommes en déficit depuis trente ans, et nous avons démontré notre incapacité à réduire la dépense publique. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et l’exercice de révision générale des politiques publiques (RGPP) ne sont pas à la hauteur des enjeux. Si l’on tarde trop dans la réforme de l’Etat, la réduction inéluctable du déficit devra passer par des coupes dans les dépenses à un niveau jamais atteint ou par des hausses d’impôts.

 

 

Vous ne semblez guère croire à ce scénario. Est-ce que cela veut dire que les prélèvements augmenteront après la crise ?

 

Pour ce qui est du budget de l’Etat, il me semble que le retour de la croissance devrait permettre une hausse des recettes fiscales (impôt sur le revenu, TVA, impôt sur les sociétés, etc.) suffisante pour éviter d’avoir à augmenter les impôts, mais à la condition que la totalité de ces surplus soit affectée à la résorption de la dette. Le problème est différent pour la sphère sociale avec l’envolée de la dette de la Sécurité sociale. Sauf à imaginer que l’on transfère cette dette, actuellement logée pour partie dans la Cades, à L’Etat, il faudra donc bien augmenter les contributions sociales, notamment la CRDS. Je rappelle qu’il est désormais interdit d’allonger la durée d’amortissement de la dette sociale.

 

Dans ce cas de figure se posera le problème politique de l’impact du bouclier fiscal qui intègre ces contributions sociales…

 

Pour des raisons d’équité évidente, il sera impossible d’augmenter ces prélèvements sociaux tout en les maintenant dans le bouclier fiscal. Pour ma part, je suis favorable à la suppression de l’ISF et du bouclier fiscal. Et, pour compenser le manque à gagner de recettes, nous pourrions augmenter la tranche marginale supérieure de l’impôt sur le revenu, aujourd’hui à 40%. Nous resterons attractifs car beaucoup de pays européens ont ou vont relever leurs tranches marginales supérieures face à la crise qu’ils traversent.

 

Pourquoi est-il si important de s’attaquer à nos déficits et à l’endettement ?

 

A un certain niveau d’endettement et de déficit, nous risquons d’avoir de gros problèmes de financement. 60% de la dette française sont souscrits par des non-résidents. Et nous n’avons pas été élus pour dégrader la signature de la France, ni pour transmettre un tel fardeau à nos enfants et petits-enfants.

 

 

Propos recueillis par Anne Eveno