Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

Peut-on réduire la dépense publique dans notre pays ?

 

Une vraie baisse des dépenses implique la remise en cause de politiques publiques. Regardez ce qu’a fait la Suède pour diminuer ses charges de 67 à 53% du PIB : elle a supprimé des pans entiers d’interventions publiques. Nous n’en sommes pas là ! Nous nous comportons comme un voilier qui veut rester toutes voiles dehors et n’accepte de réduire la toile qu’aux extrémités. On parvient avec difficulté à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, soit une économie de 500 millions d’euros par an. C’est un centième du déficit structurel du budget de l’Etat ! Les économies réalisées par l’exercice de révision générale des politiques publiques (RGPP) ne sont tout simplement pas à l’échelle du problème.

 

Des révisions déchirantes s’imposent donc…

 

C’est inéluctable. Tous les pays qui ont eu de gros problèmes de déficits les ont faites, les pays scandinaves, le Royaume-Uni… Le Canada a réduit de moitié ses dotations aux collectivités locales et diminué les concours aux administrations. Non seulement nous ne le faisons pas, mais nous prenons parfois le chemin inverse : n’envisage t-on pas d’étendre le RSA aux moins de 25 ans ?  Depuis trente ans, on ne cesse d’ajouter de nouvelles prises en charge par la sphère publique. La gauche a créé l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), l’aide médicale d’Etat (AME) pour les sans-papiers, la droite a fortement majoré les aides pour la garde d’enfants. Systématiquement, les prévisions pour ces nouvelles dépenses se révèlent très inférieures à la réalité. Je crains le même phénomène avec le RSA, dont la charge a vocation à s’envoler. C’est un système à cliquets, où les couches de dépenses s’additionnent à mesure que des politiques sont créées. Pour les allègements de charges aux entreprises, cela a commencé par des exonérations sur les bas salaires. Puis les 35 heures ont multiplié la prise en charge par trois. Au total, 25 milliards de cotisations sociales ont été remplacés par des subventions.

 

Les Français sont-ils prêts à entendre ce discours ?

 

Il faut leur dire les choses. Avec 1000 milliards de dépenses publiques, plus de la moitié de notre richesse nationale, la France bat tous les records et dépasse même la Suède. Et si la dépendance est prise en charge par la collectivité, et non l’assurance, la dépence grimpera encore de deux à trois points de PIB. Il faut à présent que chacun assume devant l’opinion ses choix dans un esprit de responsabilité : que la gauche dise par quels impôts elle entend financer les dépenses nouvelles qu’elle propose et que la droite précise quelles économies gagent ses baisses d’impôts. Aujourd’hui, grâce à l’euro qui attire les investisseurs, nos énormes besoins de financement sont couverts sans difficulté par l’emprunt. Mais demain ? La dette que nous sommes en train de laisser à nos enfants est colossale. Nous ne pouvons plus continuer à nous satisfaire de la facilité des déficits publics.

 

Propos recueillis par Sophie de Roquelle