Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

L’EXPRESS: Le gouvernement peut-il affirmer que les hausses d’impôts épargnent les classes moyennes?

Gilles CARREZ: C’est faux – la loi de finances rectificative adoptée en juillet frappe les contribuables moyens et modestes. La suppression des exonérations fiscales et sociales sur les heures supplémentaires ponctionne des salariés, le plus souvent à petits revenus, de 4,2 milliards d’euros. La hausse du forfait social sur l’épargne salariale et l’intéressement (il passe de 8 à 20%) est payée par les entreprises, mais elles répercuteront forcément ces sommes sur les salariés, à hauteur de 700 ou 800 millions. Enfin, tous les salariés sont concernés par la hausse des cotisations retraite de 0,1 point pour 2013.

De plus, le gouvernement essaie de faire croire que les décisions sur les successions et les donations ne concernent que les riches, alors que des patrimoines moyens seront touchés. Je prends un exemple: un logement d’une valeur de 600 000 euros, chiffre fréquent en région parisienne, pouvait être transmis à deux enfants sans payer de droits. Désormais, seule une somme de 400 000 euros sera exonérée. Les bénéficiaires seront mis à contribution sur 200 000 euros.

 » On prend 3 euros aux Français moyens quand on en prend 1 aux plus aisés » Gilles CARREZ

L’EXPRESS: Mais les plus riches sont tout de même bien plus sollicités!

Gilles CARREZ: Détrompez-vous: mes calculs montrent que si l’on tient compte des mesures décidées ou annoncées, le rapport est de 1 à 3. Ce qui signifie que l’on prend 3 euros aux Français moyens quand on en prend 1 aux plus aisés. Et cette distorsion ne peut que s’accentuer car le problème avec les riches, c’est qu’ils ne sont pas très nombreux et qu’ils sont mobiles.

L’EXPRESS: Pourquoi cette accentuation?

Gilles CARREZ: Parce que les riches sont déjà tellement ponctionnés, par rapport à ce qui leur est demandé dans les autres pays européens, qu’il devient impossible d’en rajouter! D’ailleurs, en tant que président de la commission des Finances, je vais adresser un questionnaire au gouvernement pour suivre de plus près l’évolution des délocalisations de contribuables. Comme le gouvernement sera contraint, faute d’économies suffisantes, à de nouvelles hausses d’impôts pour boucler le budget 2013 – la Cour des comptes évoque un effort de 33 milliards d’euros -, les impôts de tous augmenteront l’an prochain.