Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

Le Progrès: Sait-on combien il y a d’exilés fiscaux français ?

Gilles CARREZ: Non, personne ne peut le dire aujourd’hui… Il y avait à peu près, en net, un départ par jour de contribuable de l’ISF, donc environ 400 par an. Mais ces statistiques datent. Ensuite, ce n’est pas parce que vous êtes à l’ISF que vous partez pour des raisons fiscales. Et certains départs pour raison fiscale concernent des contribuables qui ne sont pas soumis à l’ISF, mais qui vendent leur entreprise, sur lesquels on n’a pas de statistiques. Je plaide donc pour qu’on mette en place un faisceau d’information, avec un suivi dans le temps, pour mieux analyser le phénomène.

Le Progrès: L’opposition dit : la gauche est au pouvoir, ses hausses d’impôts poussent à l’exil…

GC: Moi, je ne le dis pas. Mais j’ai des contacts fiables qui m’assurent qu’il y a une accélération du phénomène.

Le Progrès: Cela coûte cher à la France ?

GC: Vous atteignez vite des sommes importantes. Sur un contribuable à l’ISF, ce peut être de l’ordre de 100 000 euros chaque année. Et sur une plus-value de cession d’entreprise de cent millions d’euros, cela fait un manque à gagner de vingt millions… Nous atteignons l’overdose fiscale, surtout sur la transmission d’entreprise, qui est le sujet majeur : quand vous êtes riches, si vous n’êtes pas Depardieu ou un footballeur, c’est par l’entreprise que vous l’êtes devenu. En France, la fiscalité sur la cession est de 34 %. En Allemagne, c’est 27 %, mais en Belgique, c’est 0 % ! Vous avez comme cela des îlots de dumping fiscal en Europe : l’impôt sur les sociétés en Irlande, le secret bancaire en SuisseJe ne vois pas comment on peut ratifier un traité sur la coordination de nos politiques budgétaires, sans harmoniser nos politiques fiscales.

Recueilli par Francis Brochet