Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

Le président UMP de la commission des Finances de l’Assemblée préconise de remettre à plat l’ensemble des prestations sociales. Lire l’Interview ci-dessous:

Gilles Carrez (président de la Commission des Finances de l'assemblée) Sipa

Crédit Photo: SIPA

On apprenait en fin de semaine dernière que la France ne parviendrait pas à ramener son déficit public à 3% en 2013 et que la croissance économique avait stagné en 2012. Comment avez-vous accueilli ces mauvaises nouvelles?

– Sans surprise. Je pense que malheureusement les prévisions à 0.8% étaient un peu ambitieuses. Nous ne les avions pas critiqué à l’automne dernier parce qu’on ne peut pas avoir des prévisions complètement démoralisantes: dans la prévision de croissance, il faut du réalisme, c’est vrai, mais un peu de volontarisme aussi. Donc, 0.5 point de moins, si on devait être à + 0.3, ça fait 5 milliards d’euros de recettes fiscales en moins par rapport à la prévision. A partir de là, faut-il compenser ses 5 milliards par des économies supplémentaires? Je ne le pense pas.

Ce qui m’inquiète dans les comptes 2013, c’est d’un côté l’overdose fiscale et de l’autre une dérive des dépenses qui, quoiqu’en dise le gouvernement, va à mon avis être importante. Et, c’est là-dessus que nous serons jugés, beaucoup plus que sur le fait que quelques milliards ne soient pas au rendez-vous du fait que la croissance est inférieure à la prévision. C’est un phénomène qu’on observe dans tous les pays et dont on a l’habitude. Quand la croissance est inférieure à ce qui est prévu, il y a toujours un manque à gagner. Par contre ce qui serait critiquable voire impardonnable c’est qu’on ne soit pas capable de maîtriser nos dépenses.

C’est-à-dire ?

– Le gouvernement a commencé au mois de juin par supprimer tout ce qui était de l’ordre du verrouillage des dépenses. Il a supprimé le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, supprimé la convergence tarifaire hôpital-clinique, supprimé les RGPP, remis en cause la réforme des retraites, supprimé la réforme qui visait à mieux articuler départements et régions. Autrement dit, toutes ces mesures qu’il faut des années pour mettre en place, toutes les procédures qui permettent de réguler les dépenses ont été jetées à bas.

Aujourd’hui, le gouvernement se trouve dans la situation où après avoir tout brûlé, doit maintenant se rendre à l’évidence. Et il le fait dans la plus grande incohérence et le plus grand désordre. Les ministres n’arrêtent pas d’annoncer des dépenses supplémentaires par exemple : une majoration de 3% du RSA, un déplafonnement de la CMU, les contrats d’avenir, les contrats de génération, ou encore de nouvelles places en crèche…

Faut-il, selon vous, fiscaliser les allocations familiales comme évoqué par le président de la Cour des comptes, Didier Migaud?

– C’est une augmentation d’impôt déguisée notamment sur les classes moyennes. Ce n’est pas une économie ! Il y a dans la fiscalité un grand sujet d’inquiétude qui est lié au phénomène d’overdose. Les décisions du gouvernement, brutales et excessives, notamment s’agissant de la fiscalité de l’épargne, conduisent à un taux d’impôt de confiscation qui ne peut que rétro agir sur l’assiette. On est probablement dans les rendements décroissants. Même analyse pour l’impôt sur les sociétés.

Donc vous avez deux phénomènes et là, ça devient beaucoup plus ennuyeux : les 0.5 point de croissance qui manquent et le phénomène de rendement décroissant de l’impôt compte tenu de décisions excessives.

Quelles sont les pistes qu’il faudrait préconiser, selon vous ?

– Il faut que le gouvernement regarde l’ensemble des prestations sociales qui se sont accumulées ces 15 dernières années. Nous détenons le record absolu en Europe ! Par exemple, on a mis en place le RSA activité et on n’a pas touché à la prime pour l’emploi. Ou encore l’allocation adulte handicapée qui est passée de 4 à 7 milliards sous la précédente législature. Il faut avoir le courage de regarder tout ce  qui est allocation logement et aussi l’aide médicale d’Etat. Il faut prendre les 800 milliards de dépenses publiques et les étudier intégralement. C’est d’ailleurs ce que dit Didier Migaud, et je partage totalement son point de vue.

Certains ministres mettent en garde contre la rigueur. Ont-ils raison de s’inquiéter ?

– Mais il n’y a pas de rigueur! Les exemples que je vous ai donnés montrent que l’on a commencé par augmenter les dépenses.

Interview de Gilles Carrez, président de la Commission des Finances à l’Assemblée nationale par Estelle Gross – Le Nouvel Observateur (le 18 février 2013)