Gilles Carrez

Député de Bry, Champigny, Nogent & Le Perreux

Selon Gilles Carrez, président UMP de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, la baisse du quotient familial est « un choix un peu dissimulé ». Interview.

Gilles Carrez, député UMP, président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Sipa

Gilles Carrez, député UMP, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a présenté, lundi 3 juin, sa réforme de la politique familiale, qui prévoit notamment la baisse du plafond du quotient familial. « Un choix un peu dissimulé », estime Gilles Carrez, député UMP et président de la Commission des finances à l’Assemblée nationale. Interview.

Que pensez-vous de la proposition du gouvernement de baisser le plafond du quotient familial ?

– C’est un choix un peu dissimulé. Les ménages ne sont pas capables de calculer précisément quel sera leur impôt sur le revenu. C’est une mesure moins lisible que fiscaliser les allocations ou les mettre sous conditions de ressources, comme cela avait été évoqué. De plus, il y a 1,3 million de ménages concernés : par exemple, les foyers qui gagnent 4.000 euros par mois à deux. On ne peut pas vraiment dire qu’ils soient aisés, surtout s’ils sont parisiens. On va donc bien toucher les classes moyennes.

Selon vous, il ne fallait pas réformer ?

– Si, il faut introduire plus de justice dans notre système. Mais pour cela, soit l’on recentre sur les personnes qui en ont vraiment besoin, soit on procède différemment. J’ai proposé d’intégrer l’ensemble des transferts sociaux dans le revenu fiscal de référence, afin que toutes les allocations, y compris logement, soient intégrées à l’impôt sur le revenu. Cette nouvelle approche est nécessaire si l’on veut éviter de creuser un sentiment d’injustice. D’un côté il y a la solidarité, et elle ne fait que croître. De l’autre, il y a ceux qui travaillent et qui paient un peu d’impôts. On risque d’arriver à une révolte fiscale si les impôts augmentent encore.

Pourquoi la réforme que vous proposez n’a pas été faite sous la précédente majorité ?

– La question ne se posait pas à ce point-là. Elle est venue avec les hausses d’impôts, qui n’ont commencé qu’en 2011. Ces hausses portaient surtout sur le patrimoine, car on pensait ainsi viser les ménages plus aisés, bien que certaines mesures, notamment sur les plus-values immobilières, aient été très mal accueillies par les contribuables.

Que pensez-vous des nouvelles mesures sur l’enfance proposées par Jean-Marc Ayrault ?

– Je ne vois pas comment cela sera financé. Les crèches sont largement payées par les collectivités locales. Or leurs dotations vont diminuer de 1,5 milliard d’euros en 2014, même chose en 2015. Si elles doivent économiser ailleurs pour financer ces nouvelles mesures, il faut dire où. C’est un fonctionnement caractéristique du gouvernement.

Quel fonctionnement ?

– On annonce des baisses des dépenses sociales, puis on finit par augmenter les impôts. Réduction du nombre de fonctionnaires, fin des doublons entre départements et régions, réforme des retraites… Le gouvernement a supprimé toutes les réductions de dépenses mises en place sous la précédente majorité. En revanche, les hausses d’impôts, elles, sont parfaitement ciblées. On est loin de la social-démocratie. Les Scandinaves ont certes augmenté les impôts, mais ils ont réduit les dépenses sociales qui n’étaient plus adaptées. Même chose en Allemagne. On fait exactement le contraire en France. J’ai entendu des députés socialistes dire que le quotient familial était une niche fiscale qu’il fallait raboter. Ce n’est pas vrai.

Propos recueillis lundi 3 juin par Donald Hebert – Le Nouvel Observateur